Accueil  /  Exit tax  /  Cas pratiques

Cas pratiques d'exit tax

Précisions et réserves — mise à jour 2026 :

Le taux de 31,4 % correspond au cas standard 2026 des plus-values mobilières ordinaires soumises au prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux). Il s'applique sous réserve de la nature exacte du gain, de la date du fait générateur, des éventuels reports d'imposition, de l'option pour le barème progressif, des abattements applicables, de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et des règles particulières de prélèvements sociaux.

Le sursis de paiement de l'exit tax n'est automatique que pour un transfert vers un État de l'Union européenne ou de l'EEE, ou un État ayant conclu avec la France les conventions d'assistance administrative et de recouvrement requises, hors ETNC ; à défaut, il relève d'une option, le cas échéant assortie de garanties. Les délais de dégrèvement (2 ou 5 ans) dépendent de la valeur des titres et des événements mettant fin au sursis.

Six scénarios chiffrés couvrant les configurations les plus fréquentes : dirigeant SAS, fondateur PME nouvelle, apport-cession, donation Dutreil, retour en France, expatriation aux Émirats arabes unis.

Six cas pratiques d'exit tax : chiffrages, leviers et arbitrages

La présente page rassemble six cas pratiques chiffrés couvrant les configurations les plus fréquentes rencontrées dans la mise en œuvre de l'exit tax (article 167 bis du CGI) en 2026. Chaque cas illustre une stratégie patrimoniale distincte et permet de visualiser concrètement le coût fiscal du départ et l'effet des leviers d'optimisation disponibles, dans le respect du cadre de l'article L. 64 du Livre des procédures fiscales (abus de droit). Tous les chiffrages reposent sur le taux global de 31,4 % applicable en 2026 (PFU 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux 18,6 % après hausse de la CSG par la LFSS 2026), sauf mention contraire.

I. Cas 1 — Dirigeant SAS récente expatrié au Portugal

Dirigeant SAS récente, sursis automatique UE

Mme Bertrand a créé sa SAS en 2020 par un apport de 100 000 euros. La société, valorisée à 8 000 000 euros par un cabinet d'évaluation indépendant, fait l'objet d'un transfert de domicile fiscal vers le Portugal le 1er septembre 2026. Les titres ayant été acquis postérieurement au 1er janvier 2018, aucun abattement pour durée de détention n'est applicable.

Plus-value latente7 900 000 €
Exit tax théorique (31,4 %)2 480 600 €
Régime du sursisAutomatique (UE)
Coût des garanties0 €
Délai de dégrèvement5 ans
Coût net si conservation jusqu'au dégrèvement≈ 0 €

Le transfert vers le Portugal, État membre de l'Union européenne, ouvre droit au sursis automatique sans constitution de garanties. Si Mme Bertrand conserve l'intégralité de ses titres pendant cinq ans, l'exit tax sera intégralement dégrevée à l'expiration du délai. Cette configuration constitue le scénario optimal d'exit tax conditionnel à coût nul.

II. Cas 2 — Fondateur PME nouvelle, option pour le barème progressif

Titres pré-2018, abattement renforcé 85 %

M. Lefèvre a créé sa SARL opérationnelle en mars 2010 par un apport initial de 200 000 euros. La société, valorisée à 6 000 000 euros, fait l'objet d'un transfert de domicile fiscal vers le Portugal le 1er juin 2026. Les titres ayant été acquis avant le 1er janvier 2018, et la société remplissant les conditions de la PME communautaire à la date d'acquisition, l'abattement renforcé de 85 % s'applique sur option pour le barème progressif.

Plus-value latente brute5 800 000 €
Exit tax au PFU pur (31,4 %)1 821 200 €
Option barème : abattement 85 %– 4 930 000 €
Base IR au barème (TMI 45 %)391 500 €
Contribution exceptionnelle (4 %)34 800 €
Prélèvements sociaux (18,6 % sans abattement)1 078 800 €
Total exit tax option barème1 505 100 €
Économie de l'option barème vs PFU316 100 €

L'option pour le barème progressif s'avère ici plus favorable que le PFU à hauteur de 316 100 euros, malgré la taxation au taux marginal de 45 %, grâce à l'abattement renforcé de 85 % applicable aux titres de PME nouvelle détenus depuis plus de huit ans.

III. Cas 3 — Apport-cession 150-0 B ter et expatriation

Plus-value en report intégrée à l'assiette de l'exit tax

M. Dubois a apporté en 2022 les titres de sa SAS opérationnelle à une holding qu'il contrôle, plaçant en report d'imposition une plus-value de 3 200 000 euros (article 150-0 B ter du CGI). À la date du transfert de son domicile fiscal vers la Suisse le 1er avril 2026, ce report devient taxable au titre de l'exit tax. Les titres de la holding sont valorisés à 4 000 000 euros pour une valeur d'apport de 3 200 000 euros (PV latente sur titres holding : 800 000 euros).

Plus-value en report (150-0 B ter)3 200 000 €
Plus-value latente sur titres holding800 000 €
Assiette totale exit tax4 000 000 €
Exit tax (31,4 %)1 256 000 €
Régime du sursis (Suisse)Sur option avec garanties
Coût des garanties (1 %/an pendant 5 ans)62 800 €

L'interposition d'une holding ne neutralise pas l'exit tax : la plus-value en report d'imposition est expressément intégrée à l'assiette par le II de l'article 167 bis du CGI, à distinguer de la plus-value latente sur les titres de la holding (visée au I). La conservation des titres pendant cinq ans peut permettre le dégrèvement de la fraction d'exit tax afférente aux plus-values latentes, sous réserve des conditions de l'article 167 bis CGI. La plus-value en report 150-0 B ter ne doit pas être assimilée à une plus-value latente purgée automatiquement par le seul écoulement du délai de cinq ans : elle obéit à des règles propres (notamment dégrèvement au retour en France ou poursuite du sursis en cas de donation avec engagement du donataire).

IV. Cas 4 — Donation 50 % avec pacte Dutreil avant départ

Réduction massive de l'assiette par donation Dutreil

M. Robert, 58 ans, détient 100 % d'une SAS opérationnelle valorisée 6 000 000 euros (prix d'acquisition : 150 000 euros). 24 mois avant son départ pour Lisbonne, il souscrit un pacte Dutreil. Six mois avant le départ, il donne 50 % des titres à ses deux enfants (25 % chacun, soit 1 500 000 euros par enfant) avec engagement individuel de conservation de 6 ans.

Exit tax sans donation (5 850 000 × 31,4 %)1 836 900 €
Exit tax après donation 50 % (2 925 000 × 31,4 %)918 450 €
Économie d'exit tax918 450 €
Droits de donation par enfant (Dutreil 75 % + abattement 100 000 €)≈ 53 200 €
Total droits de donation (2 enfants)≈ 106 400 €
Économie nette estimée≈ 812 050 €

Le couple Dutreil + donation préalable génère une économie nette substantielle. Sans le pacte Dutreil, les droits de donation s'élèveraient à environ 412 700 euros par enfant, neutralisant largement l'économie d'exit tax. C'est l'articulation des deux dispositifs qui rend cette stratégie économiquement décisive.

V. Cas 5 — Retour en France pendant le sursis

Dégrèvement spécifique au retour

Mme Doré a transféré son domicile fiscal vers les Émirats arabes unis le 1er mars 2026 avec une exit tax théorique de 1 200 000 euros placée en sursis sur option. En janvier 2029, elle revient en France pour des raisons familiales tout en détenant l'intégralité des titres concernés.

Exit tax mise en sursis1 200 000 €
Coût des garanties bancaires sur 3 ans (1 %)36 000 €
Effet du retour : dégrèvement spécifique– 1 200 000 €
Coût net (hors garanties supportées)0 €

Le retour effectif en France, accompagné de la nouvelle domiciliation fiscale au sens de l'article 4 B du CGI, déclenche le dégrèvement spécifique. L'exit tax est intégralement éteinte ; les garanties sont libérées. Lors d'une cession ultérieure des titres après le retour, la plus-value sera calculée selon le régime de droit commun comme si le départ n'avait jamais eu lieu.

VI. Cas 6 — Expatriation aux Émirats arabes unis

Sursis sur option et système fiscal émirien

M. Saadi, 48 ans, détient 100 % d'une SAS française valorisée à 7 000 000 euros (prix d'acquisition : 250 000 euros). Il transfère son domicile fiscal à Dubaï le 1er septembre 2026 et obtient un certificat de résidence fiscale émirien.

Plus-value latente6 750 000 €
Exit tax (31,4 %)2 119 500 €
Régime sursis (UAE — État tiers)Sur option avec garanties
Coût annuel caution bancaire (1 %)21 195 €
Coût cumulé sur 5 ans105 975 €
Coût net si dégrèvement intégral à 5 ans≈ 105 975 €

Pendant la durée du sursis, les revenus mondiaux de M. Saadi (hors source française restant imposable en France) sont exonérés au titre du droit interne émirien (absence d'IR personnel). Le coût économique réel se limite aux frais de garantie bancaire, soit environ 105 975 euros sur cinq ans, à comparer avec l'exit tax théorique de 2 119 500 euros qui serait définitivement due en l'absence de sursis.

VII. Synthèse comparative

CasPV latenteExit tax théoriqueCoût net effectifLevier principal
1 — Portugal récent7,9 M€2,48 M€≈ 0 €Sursis automatique UE + dégrèvement
2 — Option barème PME5,8 M€1,82 M€ (PFU)1,51 M€Abattement 85 % PME nouvelle
3 — Holding Suisse4,0 M€1,26 M€62 800 €Sursis + dégrèvement à 5 ans
4 — Donation Dutreil5,85 M€1,84 M€1,02 M€Donation 50 % + Dutreil 75 %
5 — Retour Francen/a1,20 M€0 €Dégrèvement spécifique au retour
6 — Émirats6,75 M€2,12 M€≈ 105 975 €Sursis sur option + dégrèvement

Ces six cas illustrent la diversité des configurations possibles et l'importance déterminante de la planification anticipée. Pour chaque profil, plusieurs leviers peuvent être combinés (donation + Dutreil + choix de juridiction), et le coût net effectif varie de zéro à plus de 1,5 million d'euros selon les choix opérés.

Références principales

  • Article 167 bis du Code général des impôts
  • Article 150-0 A, 150-0 B, 150-0 B ter, 150-0 D du CGI
  • Article 200 A du CGI (option pour le barème)
  • Article 787 B du CGI (pacte Dutreil)
  • Article 779 du CGI (abattements droits de donation)
  • BOI-RPPM-PVBMI-50-10 — Exit tax (BOFiP)

Les chiffrages présentés reposent sur des hypothèses simplificatrices et sont communiqués à titre illustratif. Une simulation personnalisée est indispensable pour toute application opérationnelle.