Cadre déclaratif des expatriés : architecture fiscale et obligations annuelles

La fiscalité des Français établis à l'étranger s'inscrit dans un système déclaratif complexe et multidimensionnel, organisé autour de plusieurs formulaires complémentaires dont chacun remplit une fonction spécifique : la déclaration 2042-NR constitue la déclaration complémentaire de revenus des non-résidents conservant des revenus de source française imposables en France, tandis que la déclaration 3916 se concentre sur les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger (article 1649 A du CGI), la déclaration 2047 concerne les revenus de source étrangère lorsqu'ils doivent être déclarés en France, la déclaration 3916-bis couvre à la fois les contrats de capitalisation ou placements de même nature souscrits hors de France (article 1649 AA du CGI) et les portefeuilles ou comptes d'actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'entités établies à l'étranger (article 1649 bis C du CGI), et la déclaration 2074-ETD traite de l'exit tax lors du changement de résidence fiscale. Cette architecture se complète d'obligations supplémentaires selon la situation individuelle : déclaration IFI pour les patrimoines importants, et conformité aux standards d'échange automatique d'informations CRS et EAR, régimes en vertu desquels les institutions financières déclarent les comptes de leurs clients non-résidents à leur propre autorité fiscale, laquelle échange ensuite ces données avec l'autorité fiscale du pays de résidence du titulaire.

L'enjeu fiscal de ces obligations dépasse la simple conformité déclarative. Le droit français prévoit des pénalités substantielles en cas de non-respect : amende de 1 500 € par compte bancaire non déclaré (article 1736, IV du CGI), portée à 10 000 € lorsque le compte est détenu dans un État ou territoire n’ayant pas conclu avec la France une convention d’assistance administrative permettant l’accès aux renseignements bancaires. Les contrats de capitalisation ou placements de même nature souscrits hors de France relèvent d’un régime déclaratif et sanctionnateur distinct. La majoration de 80 % prévue à l'article 1729-0 A du CGI suppose, en plus du défaut de déclaration 3916, que les revenus ou actifs concernés n'aient pas été inclus dans l'assiette de l'impôt sur le revenu, de l'IFI ou des droits de mutation ; elle ne s'applique donc pas automatiquement du seul fait de l'omission du formulaire. Une majoration de 40 % pour manquement délibéré peut en outre s'appliquer en cas d'omissions volontaires, et le contribuable peut faire l'objet d'une procédure de redressement à la suite de l'échange automatique d'informations bancaires avec les autorités fiscales étrangères. Cette documentation présente les obligations déclaratives essentielles applicables aux expatriés, les délais stricts à respecter, les dispositifs d'échange d'informations et les stratégies de régularisation anticipée.

Déclaration 2042-NR : traitement fiscal des revenus du non-résident français

L'année du départ à l'étranger, chaque résident français devenu non-résident demeure redevable, le cas échéant, d'une déclaration de revenus spécifique désignée formulaire 2042-NR, s'il conserve des revenus de source française imposables en France après son départ. L'année suivant le départ, le dernier service des impôts du domicile en France continue généralement à gérer le dossier pour la déclaration de l'année du départ. Le service des impôts des particuliers non résidents (SIPNR) devient compétent pour les années suivantes, notamment lorsque le contribuable perçoit encore des revenus de source française imposables en France. Cette déclaration englobe l'ensemble des revenus générés jusqu'au dernier jour de votre résidence fiscale en France, calculés au prorata temporel s'il s'agit de la première année d'expatriation : si vous quittez la France le 30 juin, vous déclarez vos revenus jusqu'à cette date précise, les revenus postérieurs relèvent de votre nouvelle juridiction fiscale. La date limite de dépôt est fixée chaque année par l'administration dans le cadre de la campagne déclarative. Elle varie selon les campagnes ; pour la campagne déclarative 2026 portant sur les revenus 2025, les non-résidents relèvent de la zone 1 : la déclaration en ligne doit être déposée au plus tard le jeudi 21 mai 2026 à 23h59 et la date limite de dépôt papier, lorsque le dépôt papier est admis, est fixée au mardi 19 mai 2026 à 23h59. Ces dates doivent être vérifiées chaque année.

Les revenus à déclarer en tant que non-résident incluent l'intégralité des revenus de source française : salaires et traitements, bénéfices professionnels générés avant le départ, revenus de placements et de capitaux français, loyers des biens immobiliers situés en France, dividendes et plus-values mobilières. À l'inverse, les revenus de source étrangère perçus après la perte effective de la résidence fiscale française ne sont pas, en principe, déclarés en France par un non-résident, sauf disposition particulière ou application d'une convention fiscale. Le formulaire 2047 conserve son utilité pour les revenus étrangers perçus pendant la période de résidence fiscale française, notamment l'année du départ, et pour les situations dans lesquelles un mécanisme conventionnel de crédit d'impôt ou de taux effectif doit être appliqué. Cette séparation déclarative revêt une importance majeure pour l'application des conventions fiscales internationales : certains revenus étrangers bénéficient de crédits d'impôt ou d'exonérations sous certains régimes si le contribuable remplit les conditions de la convention applicable avec son pays de résidence — par exemple, pour un expatrié aux Émirats, l'accord bilatéral franco-émirien détermine les régimes de retenue à la source sur les dividendes et l'imposition des revenus mixtes. L'absence de distinction claire entre revenus français et revenus étrangers expose le contribuable à une double imposition ou à un redressement fiscal assorti de pénalités.

Déclaration 3916 : comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger

Qui est concerné : les formulaires 3916 et 3916-bis visent les personnes physiques, associations ou sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France au sens des articles 1649 A, 1649 AA et 1649 bis C du CGI. Ces déclarations ne s'imposent donc pas de manière uniforme à tout Français vivant à l'étranger : un non-résident fiscal français sans domicile fiscal en France n'est pas, en tant que tel, tenu de déposer les formulaires 3916 ou 3916-bis. En revanche, l'obligation s'applique pleinement aux résidents fiscaux français (y compris l'année du départ et l'année de retour), ainsi qu'aux contribuables qui, bien qu'établis à l'étranger, conservent un domicile fiscal en France au sens de l'article 4 B du CGI.

La déclaration 3916 couvre les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger dont le contribuable est propriétaire ou ayant droit. Cette déclaration s'effectue en application de l'article 1649 A du CGI. Les contrats de capitalisation ou placements de même nature souscrits hors de France sont déclarés sur la partie 3916-bis du formulaire (article 1649 AA du CGI) et constituent une catégorie distincte des comptes bancaires. Les portefeuilles ou comptes d'actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'entités établies à l'étranger (déclarés sur le formulaire 3916-bis au titre de l'article 1649 bis C du CGI) relèvent d'un régime déclaratif autonome. Cette définition exhaustive inclut également les comptes et actifs détenus indirectement à travers une structure sociale : comptes de sociétés dans lesquels vous détenez une participation au titre du bénéficiaire effectif, comptes de sociétés civiles ou de groupements, participations dans des structures de placement collectif étrangères, et même les droits de bénéficiaire auprès de fonds de placement étrangers. Les trusts étrangers relèvent d'un régime déclaratif entièrement distinct (formulaires 2181-TRUST1 et 2181-TRUST2, article 1649 AB du CGI).

L'article 1649 A du CGI impose la déclaration des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger, sans seuil de valeur. L'article 1649 AA s'ajoute au champ des obligations déclaratives pour les contrats de capitalisation et placements de même nature souscrits hors de France, déclarés sur la partie 3916-bis du formulaire. L'article 1649 bis C couvre les portefeuilles ou comptes d'actifs numériques à l'étranger, déclarés sur le formulaire 3916-bis. L'article 1649 AB impose la déclaration événementielle et annuelle des trusts en application des formulaires 2181-TRUST1 et 2181-TRUST2. Les déclarations relatives à ces différentes catégories d'actifs sont obligatoires selon leur nature et catégorie. L'omission d'un compte bancaire étranger sur le formulaire 3916 encourt une amende de 1 500 € par compte non déclaré (article 1736, IV du CGI). Cette amende est portée à 10 000 € par compte lorsque celui-ci est détenu dans un État ou territoire n’ayant pas conclu avec la France une convention d’assistance administrative permettant l’accès aux renseignements bancaires. Lorsque les conditions de l'article 1729-0 A du CGI sont réunies, la majoration de 80 % s'applique aux droits rappelés et se substitue à l'amende forfaitaire pour les mêmes avoirs ; elle ne doit donc pas être additionnée mécaniquement à cette amende. Cette majoration peut s'appliquer, mais elle suppose une condition supplémentaire : les sommes, titres ou valeurs transférés ou détenus sur le compte non déclaré doivent ne pas avoir été inclus dans les bases d'imposition (impôt sur le revenu, IFI ou droits de mutation). Cette majoration ne résulte donc pas automatiquement du seul défaut de déclaration 3916.

Déclaration des contrats de capitalisation ou placements de même nature souscrits hors de France (formulaire 3916-bis)

Le formulaire 3916-bis regroupe deux catégories distinctes d'obligations déclaratives : d'une part, les contrats de capitalisation ou placements de même nature souscrits hors de France (article 1649 AA du CGI) et, d'autre part, les portefeuilles ou comptes d'actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'entités établies à l'étranger (article 1649 bis C du CGI). Ce regroupement sur un même formulaire ne doit pas masquer la spécificité du régime fiscal de chaque catégorie : l'assurance-vie constitue un produit d'épargne affecté dont les plus-values et les flux de trésorerie ne sont imposables que lors du retrait ou du sinistre, tandis que les actifs numériques relèvent d'un régime d'imposition propre (article 150 VH bis du CGI). La déclaration doit énumérer chaque contrat d'assurance-vie ou de capitalisation détenu à l'étranger, en indiquant le nom de l'assureur, le numéro de police, la date d'ouverture, la valeur liquidative du contrat au 31 décembre, et les primes versées durant l'année. Tout contrat d'assurance-vie détenu auprès d'un assureur non agréé par les autorités françaises devient déclarable auprès de l'administration si sa valeur de rachat dépasse le seuil de déclaration applicable.

L'obligation de déclaration s'étend également aux contrats de capitalisation à l'étranger, ainsi qu'à certains produits complexes tels que les unit-linked insurance contracts (ULIC) et les war (wrapped asset structures) proposés par des institutions financières étrangères. Une assurance-vie contractée auprès d'un assureur français mais détenue depuis l'étranger ne requiert pas cette déclaration, car elle demeure du domaine du fisc français en tant qu'actif détenu par un résident français, c'est sa fiscalité qui change selon la convention de la juridiction d'expatriation. En revanche, tout contrat d'assurance-vie ouvrant des droits auprès d'un assureur étranger relève de l'obligation de déclaration sur le formulaire 3916-bis dès lors que vous êtes bénéficiaire effectif ou assuré, avec des pénalités spécifiques en cas d'omission prévues par l'article 1766 du CGI.

Déclaration 2047 : revenus d'origine étrangère et imposition progressive

La déclaration n° 2047 concerne les revenus encaissés à l'étranger par un contribuable fiscalement domicilié en France. Après le transfert de résidence, son utilisation se limite à l'année du départ (pour les revenus de source étrangère perçus avant la perte de la qualité de résident) et, le cas échéant, au calcul du taux effectif. Le non-résident qui n'est plus imposable en France sur ses revenus étrangers de droit commun n'a pas à souscrire cette déclaration. Cependant, lorsque la 2047 est applicable, elle revêt une importance majeure car elle constitue le fondement légal permettant à l'administration française d'appliquer les conventions fiscales internationales et les crédits d'impôt étrangers : un contribuable ayant payé des impôts à l'étranger peut demander un crédit d'impôt français égal à l'impôt étranger effectivement supporté, dans la limite de l'impôt français qui aurait été dû sur ces mêmes revenus, ce crédit ne pouvant être calculé que si les revenus étrangers ont été déclarés sur la 2047.

Les revenus étrangers soumis à la déclaration 2047 incluent les salaires perçus auprès d'un employeur étranger, les bénéfices professionnels générés par une activité indépendante en pays d'expatriation, les revenus de placements étrangers (intérêts de dépôts, dividendes perçus auprès d'une banque étrangère), les loyers de biens immobiliers situés à l'étranger, ainsi que les plus-values réalisées sur des valeurs mobilières ou immobilières étrangères. La déclaration 2047 doit être accompagnée de pièces justificatives attestant le montant et l'origine des revenus déclarés, ainsi que de l'impôt étranger effectivement acquitté, afin de justifier la réclamation en crédit d'impôt. Cette documentation requise inclut les attestations fiscales étrangères, les feuilles de paie ou les bilans comptables établis selon les normes du pays d'exercice de l'activité professionnelle, et les avis d'imposition étrangers lorsque ceux-ci sont disponibles.

Exit tax 2074-ETD : imposition des plus-values au moment de l'expatriation

Le système français d'imposition du départ comporte un dispositif particulier dénommé exit tax, qui constate une imposition à la date du transfert sur certaines plus-values latentes, sans que le paiement soit nécessairement exigible immédiatement lorsque le contribuable bénéficie d'un sursis de paiement. Cette exit tax est déclarée sur le formulaire 2074-ETD, lequel doit être déposé auprès de l'administration fiscale dans les délais de dépôt applicables au titre de l'année du départ (généralement au même moment que la déclaration 2042-NR, pour la campagne concernée). Le régime d'exit tax de l'article 167 bis du CGI porte sur les plus-values latentes afférentes à certains droits sociaux, valeurs, titres ou droits mentionnés au 1 du I de l'article 150-0 A du CGI, sous condition de seuil, ainsi que sur les créances de complément de prix. Il concerne les contribuables ayant été fiscalement domiciliés en France pendant au moins six des dix années civiles précédant le transfert. Cette imposition constatée à la date du transfert de domicile fiscal vise à préserver le droit d'imposer de la France sur des plus-values constituées pendant la période de résidence française, tout en pouvant être assortie d'un sursis de paiement selon la destination et les garanties éventuellement fournies.

Le calcul de l'exit tax s'opère en déterminant la plus-value entre la valeur d'acquisition de l'actif et sa valeur de marché à la date du changement de résidence fiscale, laquelle plus-value demeure imposable en France selon le régime fiscal applicable à cet actif : l'impôt sur le revenu est calculé selon les modalités prévues à l'article 200 A du CGI, augmenté des prélèvements sociaux applicables à la date du transfert. Un sursis de paiement est de droit (art. 167 bis IV CGI) pour les transferts vers un État membre de l'UE, ou vers un État ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative et une convention d'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle de la directive 2010/24/UE, hors ETNC (art. 238-0 A). Pour les autres destinations, le sursis n'est obtenu que sur option (art. 167 bis V), sous trois conditions cumulatives : déclaration de l'option, désignation d'un représentant établi en France, et constitution de garanties à hauteur de l'exit tax exigible.

Impôt de Solidarité sur la Fortune immobilière (IFI) et patrimoines expatriés

Tant que vous êtes résident fiscal français, vous demeurez redevable de l'impôt de solidarité sur la fortune immobilière (IFI) sur l'ensemble de vos biens immobiliers, qu'ils soient situés en France ou à l'étranger. À partir du moment où vous changez votre résidence fiscale et devenez non-résident selon les critères du code général des impôts, votre assujettissement à l'IFI se limite dorénavant aux seuls biens immobiliers situés en France, ce qui engendre une réduction sensible du patrimoine imposable. La déclaration de l'IFI doit être établie sur le formulaire 2042-IFI dans les délais fixés par l'administration pour la campagne déclarative concernée, sans possibilité de prorogation même pour les résidents à l'étranger, sous peine de rejet de la déclaration et application d'une pénalité de 10 % de l'impôt éludé portée à 40 % en cas de mauvaise foi.

La valeur déclarée pour chaque bien immobilier doit correspondre à la valeur vénale réelle au 1er janvier de l'année d'imposition, laquelle peut être justifiée par une évaluation professionnelle (rapports d'expertise immobilière), les données de marché comparables pour des biens similaires, ou les prix de transactions récentes dans la région considérée. L'abattement de 30 % prévu à l'article 973 du CGI s'applique à l'immeuble occupé à titre de résidence principale par son propriétaire. Après un transfert de résidence hors de France, un bien conservé en France qui ne constitue plus la résidence principale du contribuable ne bénéficie en principe plus de cet abattement, d'où l'importance de documenter précisément la date effective de votre changement de résidence fiscale auprès de l'administration.

Base EVAFISC : un outil de l'administration, pas une obligation déclarative

Précision importante : EVAFISC (Évaluation et Analyse Fiscales) n'est pas une déclaration que le contribuable doit déposer. Il s'agit d'une base de données interne de l'administration fiscale, alimentée notamment par l'échange automatique d'informations (CRS/EAR), les déclarations 3916 et 3916-bis déposées par les contribuables, et les informations reçues dans le cadre de l'échange automatique entre autorités fiscales. Le contribuable n'a aucune « déclaration EVAFISC » à remplir : ses obligations déclaratives se limitent aux formulaires fiscaux mentionnés ci-dessus (3916, 3916-bis, 2042-NR, 2047, etc.).

EVAFISC permet aux services de contrôle de croiser les informations issues des déclarations fiscales avec les données bancaires transmises automatiquement par les juridictions participantes. Ce croisement rend les omissions de comptes étrangers beaucoup plus facilement détectables. Pour cette raison, les contribuables français ayant des comptes à l'étranger ont intérêt à effectuer une régularisation volontaire complète auprès du SINR avant que l'administration ne découvre des omissions via l'échange automatique d'informations.

Échange automatique d'informations CRS/EAR : risques de croisement avec le fisc français

La norme commune de déclaration (NCD/CRS), élaborée par l'OCDE et désormais mise en œuvre par plus de 100 juridictions, impose aux institutions financières d'identifier les titulaires de comptes non-résidents et de transmettre les informations correspondantes à leurs propres autorités fiscales, lesquelles les échangent ensuite avec les autorités fiscales du pays de résidence du titulaire. Les informations échangées comprennent l'identification du titulaire de compte, le numéro de compte, le nom de l'institution déclarante, le solde ou la valeur du compte au 31 décembre, ainsi que certaines catégories de revenus bruts (intérêts, dividendes, produits de rachat). Cet échange est bidirectionnel : les institutions financières françaises déclarent les comptes de leurs clients non-résidents, et les institutions financières étrangères déclarent les comptes de leurs clients résidents en France.

Au sein de l'Union européenne, la directive DAC2 (2014/107/UE) transpose le standard CRS et organise un échange annuel d'informations financières entre États membres. CRS et DAC2 fonctionnent de manière coordonnée, de sorte que les comptes détenus auprès d'institutions financières situées dans les juridictions participantes font l'objet d'un échange automatique avec l'administration fiscale du pays de résidence du titulaire. Ce croisement automatique d'informations a considérablement renforcé les capacités de vérification de l'administration fiscale française, qui peut désormais détecter les discordances entre les déclarations des contribuables et les données transmises par les institutions financières étrangères, augmentant significativement le risque de redressement en cas d'omission de comptes ou de revenus financiers.

Pénalités en cas de non-respect et stratégies de régularisation

L'arsenal pénalisateur applicable aux omissions déclaratives demeure particulièrement sévère pour les expatriés. Au-delà de la pénalité minimale de 1 500 euros par compte omis sur la 3916, l'administration peut engager une procédure de redressement pour défaut de déclaration de revenus, majorant les revenus non déclarés d'une pénalité de 40 % au titre du manquement délibéré ou 10 % pour une simple inexactitude involontaire. Cette pénalité de manquement délibéré peut être aggravée jusqu'à 80 % si l'administration démontre que l'omission était volontaire ou grossière, ce qui est généralement considéré comme établi en cas d'oubli de comptes importants ou de contacts répétés de l'administration sans réaction du contribuable.

La stratégie de régularisation anticipée demeure la meilleure option lorsqu'un contribuable constate qu'il a omis de déclarer des comptes, des revenus, ou des actifs à l'étranger. Une régularisation volontaire complète auprès du SINR, précédant tout contact de l'administration, peut générer une réduction substantielle des pénalités : le contribuable qui dépose une déclaration rectificative volontaire avant toute mise en demeure bénéficie généralement d'une exonération totale des pénalités pour omissions. Cette exonération exige cependant que le contribuable justifie que la régularisation était totalement volontaire et antérieure à toute investigation administrative. Lorsqu'une mise en demeure a déjà été adressée, une régularisation ultérieure demeure possible mais entraîne l'application des pénalités complètes sans réduction possible, ce qui justifie d'agir proactivement dès que le doute concernant une déclaration émerge.

Timeline pratique des obligations déclaratives annuelles de l'expatrié

Le calendrier fiscal d'un expatrié requiert une organisation méticuleuse pour respecter les délais stricts imposés par l'administration française, en particulier pendant l'année du départ. Entre janvier et juin de l'année suivant votre expatriation, vous devez rassembler l'ensemble des documents justificatifs relatifs aux revenus français perçus jusqu'au dernier jour de votre résidence fiscale, ainsi que les éléments permettant de calculer l'exit tax le cas échéant. Dans le délai fixé par l'administration pour la campagne concernée, vous déposerez la déclaration 2042 couvrant les revenus mondiaux de la période de résidence française et, si vous percevez des revenus de source française imposables en France après le départ, la déclaration complémentaire 2042-NR pour la période post-départ, en y annexant tous les justificatifs appropriés : certificats de revenus, avis d'imposition étrangers, et le cas échéant la déclaration 2074-ETD d'exit tax. Parallèlement, vous recenserez vos comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger pour les déclarer conformément à l'article 1649 A du CGI, qui impose cette déclaration sans seuil minimum auprès du formulaire 3916 dans les délais fixés par l'administration pour la campagne déclarative concernée.

Pour les années suivantes, la question des obligations déclaratives ne se pose que si vous conservez une obligation de déclaration en France : la déclaration complémentaire 2042-NR n'est due que tant que des revenus de source française imposables en France continuent à être perçus ; en l'absence de tels revenus, aucune déclaration annuelle n'est requise. Si l'obligation persiste, vous déposerez la 2042-NR dans les délais fixés par l'administration pour la campagne déclarative concernée, accompagnée le cas échéant des déclarations 3916 et 3916-bis (si vous restez domicilié ou établi en France), de la déclaration 2047 lorsque des revenus de source étrangère doivent être déclarés en France, et de la déclaration 2042-IFI pour l'impôt sur la fortune immobilière. Les dates limites sont fixées chaque année par l'administration et varient selon les campagnes.

Assistance professionnelle et consultation d'un avocat fiscaliste international

Face à cette architecture déclarative extrêmement complexe et à ces risques pénalisateurs considérables, la consultation d'un avocat fiscaliste international spécialisé demeure une précaution prudente et largement recommandée. Un conseil fiscal compétent peut opérer une analyse préalable exhaustive de votre situation personnelle, identifier les obligations déclaratives applicables à votre cas spécifique, vérifier la conformité de déclarations antérieures, et mettre en place une stratégie de régularisation anticipée si des omissions antérieures sont découvertes. L'intervention d'un avocat offre également une protection juridique majeure en cas de contrôle ultérieur, puisque seul l'avocat bénéficie du secret professionnel, général et permanent dans les limites fixées par la loi, conformément à l'article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, ce qui permet une documentation exhaustive du dossier sans risque que celle-ci soit invoquée contre vous par le fisc.

Notre cabinet, spécialisé en expatriation fiscale et gestion de patrimoines internationaux, dispose de l'expertise requise pour vous guider à travers l'ensemble de ces obligations déclaratives et vous assister dans la mise en conformité de votre dossier fiscal avec les autorités françaises. Nous offrons une approche globale combinant analyse préalable, documentation appropriée, dépôt des déclarations dans les délais légaux, et assistance en cas de contrôle administratif ultérieur.

Questions fréquemment posées sur les obligations déclaratives des expatriés

L'année du départ, vous déposez une déclaration 2042 (revenus mondiaux de la période de résidence) et, uniquement si vous percevez des revenus de source française imposables en France après le départ, une déclaration complémentaire 2042-NR pour la période post-départ. Ces déclarations sont adressées au dernier service des impôts des particuliers (SIP), qui demeure compétent jusqu'au traitement de la déclaration de l'année du départ. Pour les années suivantes, la question du service compétent ne se pose que si vous conservez une obligation déclarative : le SIPNR est compétent si des revenus de source française imposables en France persistent ; en l'absence de tels revenus, aucune déclaration annuelle n'est due et le dossier reste au dernier SIP. Les délais de dépôt sont fixés chaque année par l'administration. Consultez notre checklist complète d'expatriation.
L'omission d'un compte étranger sur le formulaire 3916 encourt une amende de 1 500 € par compte non déclaré, portée à 10 000 € lorsque l'obligation déclarative concerne un État ou territoire n’ayant pas conclu avec la France une convention d’assistance administrative permettant l’accès aux renseignements bancaires. La majoration de 80 % (article 1729-0 A CGI) suppose, en plus, que les montants n'aient pas été inclus dans les bases d'imposition. Elle ne s'applique donc pas du seul fait de l'omission du formulaire. Une régularisation spontanée avant tout contrôle peut améliorer la position du contribuable et permettre une discussion sur les pénalités, sans réduction automatique.
Le formulaire 3916 vise les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger dont vous êtes titulaire, co-titulaire ou bénéficiaire économique (article 1649 A du CGI), y compris les comptes joints et les comptes de sociétés dans lesquels vous détenez une participation en qualité de bénéficiaire effectif. Les contrats de capitalisation ou placements de même nature souscrits hors de France sont déclarés sur le formulaire 3916-bis (article 1649 AA du CGI). Les portefeuilles ou comptes d'actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'entités établies à l'étranger relèvent également du formulaire 3916-bis (article 1649 bis C du CGI). Les comptes ouverts auprès d'établissements situés en France ne sont pas concernés par ces obligations déclaratives.
L'IFI s'apprécie au 1er janvier de chaque année (article 964 du CGI). Si vous êtes résident fiscal français au 1er janvier, vous êtes redevable de l'IFI sur l'ensemble de vos biens immobiliers situés en France et à l'étranger pour l'année entière, même si vous transférez votre résidence en cours d'année. Une fois devenu non-résident fiscal au 1er janvier d'une année ultérieure, l'IFI ne s'applique plus qu'aux seuls biens immobiliers situés en France. L'absence de déclaration d'IFI encourt une pénalité de 10 % de l'impôt éludé, portée à 40 % en cas de mauvaise foi, majorations comprises.
Dans le cadre de la norme CRS (Common Reporting Standard) de l'OCDE et de la directive européenne DAC2, les institutions financières identifient les titulaires de comptes non-résidents et transmettent les informations correspondantes à leur propre autorité fiscale, laquelle les échange ensuite, sur une base annuelle, avec l'autorité fiscale du pays de résidence du titulaire. Ce mécanisme bidirectionnel permet à l'administration française de recevoir les données relatives aux comptes détenus à l'étranger par des résidents français, et inversement. Pour éviter les pénalités, déclarez tous vos comptes étrangers régulièrement et exactement. Lisez notre guide sur les comptes non déclarés.